Alain Juppé
- Date de naissance:
15 août 1945
- Lieu de naissance:
Mont-de-Marsan (Landes)
- Situation familiale:
Marié (Isabelle Legrand-Bodin). Une fille (Clara), et deux enfants d’un premier mariage (Laurent et Marion)
- Postes actuels:
- Maire de Bordeaux (1995-2004, depuis octobre 2006)
- Premier vice-président de la communauté urbaine de Bordeaux (depuis octobre 2006)
- Sites et blogs:
- Son blog
[modifier] Pourquoi il compte
Dernier ministre des Affaires étrangères du gouvernement Fillon, Alain Juppé, qui, avec Dominique de Villepin est le principal survivant du courant chiraquien, voit son rôle potentiel dans la reconstruction de la droite décuplé après la défaite de Nicolas Sarkozy. Il a décidé de ne pas se présenter aux législatives de 2012.
[modifier] Son parcours
La trajectoire d’Alain Juppé est marquée, pour le meilleur et pour le pire, par une série de surnoms et d’expressions: «Amstrad» (son surnom à la sortie de l’Ena), «le meilleur d’entre nous» (un commentaire fait par Jacques Chirac devant des militants du RPR à Strasbourg en septembre 1993) ou encore «Droit dans mes bottes» (comme il se définissait lui-même au moment du mouvement social de l’automne 1995).
Les deux premières expressions symbolisent la carrière scolaire puis politique brillante de ce fils d’exploitants agricoles landais. «Je ferai Normale Sup, l'Ena, l'inspection des Finances et de la politique», confie-t-il au début des années 60 à son camarade de prépa Jérôme Clément, futur patron d’Arte. Après des études secondaires à Mont-de-Marsan au lycée Victor-Duruy, un mai 68 traversé «tel un Persan étranger et indifférent» et un titre de lauréat du concours général, il empile les diplômes prestigieux: Ecole normale supérieure, Sciences-Po Paris puis ENA (promotion Charles-de-Gaulle) dont il sort dans [la «botte» http://www.lexpress.fr/actualite/societe/education/ena-la-botte-fait-de-la-resistance_910119.html], ce qui lui assure une place à l’inspection des finances à sa sortie, en 1972.
En 1976, il intègre (pour peu de temps) le cabinet de Jacques Chirac, alors Premier ministre, sur recommandation d’un ami du Premier ministre, le grand patron Jacques Friedmann. Il suit Jacques Chirac deux ans plus tard à la mairie de Paris après un intermède au cabinet du ministre de la Coopération, Robert Galley, et occupe le poste de directeur adjoint de campagne du candidat RPR en 1981. Entre 1978 et 1983, il occupe divers postes dans l’équipe municipale parisienne, notamment celui de directeur des finances et des affaires économiques de 1980 à 1983.
A l’occasion du premier «grand chelem» de la droite parisienne, en 1983, il accède, après deux échecs dans les Landes (législatives 1978 et cantonales 1979), à son premier mandat électif en étant élu dans le 18e arrondissement, celui du premier secrétaire du PS Lionel Jospin, et devient adjoint au maire. Un mandat auquel il ajoute celui de député de Paris en 1986, qu’il abandonne très vite pour rentrer dans le gouvernement de Jacques Chirac en tant que ministre délégué au Budget auprès d’Edouard Balladur. Il y opère notamment l’abolition de l’impôt sur les grandes fortunes, qui coûtera cher à la droite lors de l’élection présidentielle de 1988, où il est le porte-parole de Jacques Chirac.
Cette même année 1988, il devient secrétaire général du RPR (puis président en 1994) après la défaite de la droite. A la tête du parti gaulliste, il doit notamment gérer la fronde des «rénovateurs» (Michel Noir, Alain Carignon, Michèle Barzach...) en 1989, la tentative de prise de pouvoir du duo Charles Pasqua-Philippe Séguin en 1990 et les divergences sur le traité de Maastricht en 1992, pour lequel il appelle à voter «oui».
En 1993, il est nommé ministre des Affaires étrangères sous la seconde cohabitation: un poste dans lequel il laisse de bonnes impressions aux diplomates et aux observateurs, et qu’il marque notamment de son activisme sur le Gatt ou la guerre en Bosnie. En 1995, il accède à ce qui est pour l’instant l’apogée de sa carrière, en étant nommé à Matignon par Jacques Chirac, mais son état de grâce est de courte durée, aussi bien sur le plan personnel (il est mis en cause pour une affaire d’appartement de la ville de Paris que son fils Laurent occupe à un loyer bas) que politique: à l’automne 1995, son plan de réforme des régimes spéciaux de retraite et de la Sécurité sociale provoque un mouvement massif de grève dans le secteur public, ce qui le force à reculer. L’année suivante est marquée par d’autres dossiers polémiques, comme la décision de vendre l’entreprise publique Thomson Multimédia au sud-coréen Daewoo pour un franc symbolique ou la très contestée loi Debré sur l’immigration.
En 1997, il est la principale victime des élections législatives anticipées convoquées par Jacques Chirac, qui se soldent par la victoire de la gauche plurielle. Il est même obligé d’annoncer, dès avant le second tour, qu’il ne restera pas Premier ministre en cas de victoire de la droite. Il doit abandonner la présidence du RPR et se replie sur Bordeaux, ville où il a succédé en 1995 à celui qui en était le maire depuis cinquante ans, Jacques Chaban-Delmas, et où il s’est fait élire député.
En 2002, après la réélection de Jacques Chirac, il revient au premier plan en prenant la présidence de l’UMP, nouvellement créée pour unifier les différentes sensibilités de la droite. Un poste qu’il est forcé de quitter après sa condamnation le 30 janvier 2004 par le tribunal correctionnel de Nanterre à dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois fictifs du RPR, cette deuxième peine étant réduite à un an en décembre. Lui qui avait écrit en 1993 un livre intitulé La Tentation de Venise abandonne tous ses mandats et part s’installer au Québec, où il donne des cours à l’Ecole nationale d’administration publique.
A l’issue de sa période de «purgatoire», il est réélu maire de Bordeaux en octobre 2006, à l’occasion d’une municipale partielle, puis, en mai 2007, effectue un retour spectaculaire au premier plan en étant nommé numéro deux du gouvernement et ministre de l’Ecologie. Pour peu de temps: en juin, il quitte le gouvernement après sa défaite aux législatives à Bordeaux face à la socialiste Michèle Delaunay. Cette fois-ci, il conserve son fauteuil de maire, auquel il est facilement réélu en mars 2008. En parallèle, il accepte quelques missions (la rédaction d’un livre blanc sur la politique étrangère ou la coprésidence de la commission sur le grand emprunt) et fait entendre régulièrement une voix dissonante de celle de la majorité.
Souvent annoncé, son nouveau retour au gouvernement se concrétise en novembre 2010 avec sa nomination au ministère de la Défense. En mars 2011, il retrouve son titre de ministre d’Etat en étant nommé aux Affaires étrangères en remplacement de Michèle Alliot-Marie. Il le restera jusqu'à la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012 face à François Hollande.
[modifier] Ses opinions
- Nicolas Sarkozy
«Faut-il vraiment insister sur nos différences de tempérament et de comportement? Chacun peut s'en faire une idée. Je n'ai jamais été sarkolâtre. Nous avons des différences dans nos façons de voir la vie. Le modèle américain de réussite matérielle me fascine moins qu'il me semble l'attirer. Et puis, il y a sa façon de gouverner, de ramener à lui toutes les décisions, d'être en permanence en première ligne —bref, ce qu'on a appelé "l'hyperprésidence"» (La Politique telle qu'elle meurt de ne pas être, livre d’entretien avec Michel Rocard et Bernard Guetta, JC Lattès, 2011)
- Budget
«La rigueur n'est jamais populaire [...] mais elle est incontournable pour renouer avec la croissance. Aussi les circonlocutions autour des mots rigueur, austérité, responsabilité me paraissaient-elles un peu dérisoires. Nous n'échapperons pas à un régime qui, pour moi, est un régime de rigueur» (L’Express, 29 juin 2010)
- Fiscalité
«Il faut s’interroger sur ce qu’on appelle le bouclier fiscal. [...] On voit aujourd’hui qu’une petite minorité de très riches ne cesse de s’enrichir» (France Info, 30 mars 2010)
- Relations internationales
«Aujourd'hui, la France est l'une des rares nations dotées d'une perception mondiale de sa politique extérieure» (discours du 3 septembre 1993)
«La France doit partir du monde tel qu'il est, mais elle ne doit pas l'admettre tel qu'il est» (discours pour le vingtième anniversaire du Centre d’analyse et de prévision, janvier 1995)
- Travail
«Il faut “déverrouiller les 35h”, nous dit Manuel Valls. Bel exercice de vocabulaire! Mais c’est déjà fait. Un peu de courage : il faut rompre avec la langue de bois et oser dire que le pas suivant, c’est de les abandonner purement et simplement» (blog, 6 janvier 2011)
[modifier] Ses publications
- La tentation de Venise, Grasset, 1993
- Entre nous, Nil éditions, 1996
- Montesquieu, le moderne, Perrin, 1999
- Entre quatre z’yeux (entretiens avec Serge July), Grasset, 2001
- France, mon pays. Lettres d’un voyageur, Robert Laffont, 2006
- Je ne mangerai plus de cerises en hiver..., Plon, 2009
- La politique telle qu'elle meurt de ne pas être (entretien avec Michel Rocard et Bernard Guetta), JC Lattès, 2011
[modifier] Son réseau
Alain Juppé a longtemps fait figure de «fils préféré» de l’ancien président de la République Jacques Chirac, devant Dominique de Villepin, son ancien directeur de cabinet au Quai d’Orsay et un de ses successeurs à Matignon. Plusieurs élus ont fait carrière dans son sillage, ce qui a fait parler d’un courant «juppéiste» au sein de la droite française, dont ont fait partie Xavier Darcos, Xavier Bertrand, Patrick Stefanini (actuel préfet de la région Auvergne) ou encore Eric Woerth.
Ce dernier a créé en 2002 le Club de la Boussole, qui regroupe des députés UMP jugés par Le Figaro «historiquement proches d’Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin». Un autre organisme, le Club 89, créé en 1981 par Juppé pour servir de laboratoire d’idées à la droite, a été repris en main par par le secrétaire d’Etat au Logement Benoist Apparu, qui a Juppé pour «mentor».
Son épouse, Isabelle Juppé, est aujourd’hui directrice du développement durable du groupe Lagardère.



